– 19 mai 2015 –

Timbuktu, la perle d’Afrique

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Sept Césars gagnés en 2015, une nomination aux Oscars la même année et un réalisateur visionnaire: le chemin du succès d’un petit film africain.

Timbuktu n’est pas le premier grand projet d’Abderrahmane Sissako, le réalisateur qui est un des cinéastes les plus influents d’Afrique; son film ‘En attendant le bonheur’ avait été choisi pour le Festival de Cannes en 2002. Toutefois, grâce aux récompenses et aux conversations qu’il a engendrées, Timbuktu est son plus grand succès. Pour mes lecteurs qui ne connaissent pas du tout le film, il parle de l’occupation de Tombouctou par les djihadistes, un fait en Afrique que les médias ignorent souvent. Ainsi, la question à laquelle on pense tout de suite est: comment un film qui dure seulement 96 minutes avec aucun(e) acteur/actrice connu et qui traite de ce thème controversé s’est-il imposé face aux géants d’Hollywood et de tous les autres pays pour devenir un des films les plus discutés en France ?

La réponse est simple, la magie de Timbuktu est cachée dans ses images. Ce film est un chef-d’œuvre crée par la vison du réalisateur, l’œil du photographe. Chaque scène commence ou finit par une image époustouflante de l’ancienne ville ou de la compagne environnante de Timbuktu, en l’occurrence le désert. Cependant, l’arrière-plan spectaculaire de Timbuktu ne sert pas qu’à montrer la beauté du pays d’origine du réalisateur mais aussi à cacher la tragédie de l’histoire en détourant notre attention et c’est cette réalisation qui nous bouleverse. La musique, au même titre que la cinématographie, joue un grand rôle également; les chansons traditionnelles de Timbuktu sont soit utilisées pour accompagner les belles images, soit pour exprimer la révolte du réalisateur contre l’interdiction de chanter imposées dans la ville par les djihadistes et montrer la dureté de la vie quotidienne. Néanmoins, le travail sur la musicalité du film est plus frappant quand le silence s’installe et nous laisse seul avec l’horreur des événements. A ce titre la fin du film est exemplaire où le manque de musique rend la scène exceptionnellement simple et nous montre que la tragédie de l’oppression de Tombouctou est malheureusement devenu une norme; un message habilement transmis par Sissako.

edt18timbuktu1Un autre atout de Timbuktu est sa grande diversité des personnages présents. Les scénaristes ont crée avec succès, un mélange de personnages pour que les spectateurs puissent sympathiser avec au moins un. Bien sûr que les plus touchants sont les victimes de l’occupation avec leurs chagrins, joués magnifiquement par les acteurs, surtout Satima, la femme du protagoniste, est tellement émouvante qu’elle est, selon moi, la star. On voit parfois leur timidité et d’autre fois leur révolte, mais toujours leur sincérité qui nous convainc de leur histoire. De plus, j’applaudis les scénaristes pour ne pas omettre le côté humain des djihadistes qui sont souvent des jeunes ignorants qui subissent des ordres, sans comprendre le but de cette idéologie. En revanche, je trouve que le scénario du film n’est pas assez développé et parfois il manque un lien logique entre les différentes scènes ce qui me parait être le seul défaut du travail de Sissako.

Enfin, le film est remarquable grâce à son actualité. Le djihad et l’Etat Islamique est un grand sujet de débat actuellement dans le monde et surtout en France où les attentats de Charlie Hebdo a provoqué un grand choc. Instinctivement, on se pose inévitablement cette question: L’actualité a-t-elle été le déclencheur à toutes les récompenses que Timbuktu a reçues en France à la cérémonie de Césars? En effet de mon point de vue il ne méritait pas le César du Meilleur Scénario Original.

Je vous conseille le film de tout cœur, cependant, vu qu’il traite d’un sujet sensible, il faut le regarder avec toute son attention sans être dupé par sa simplicité visuelle.

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