– 18 mai 2017 –

La carrière de Paul Henri-Schmitt

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Le dernier professeur < historique > du CLA sera bientôt à la retraite, mais les 40 ans de sa carrière ne seront jamais oubliés !

‘Je suis né dans un pays qui n’existe plus : je suis né en Indochine.’, nous confie Paul Henri-Schmitt, le prof le plus ancien du CLA (Centre de Linguistiques Appliquées à Besançon). Ce pays était la partie française de l’Asie, mais maintenant c’est le Vietnam ; à l’époque c’était encore la France donc un mélange entre la culture française et asiatique. À l’âge de 5 ans, quand les français ont perdu la guerre d’Indochine, Paul Henri-Schmitt est arrivé en France avec son père et il n’est plus jamais retourné au Vietnam. Petit enfant, il parlait français, vietnamien, cantonais. À l’âge de deux ans, sa mère ajoutait l’anglais et sa grand-mère ajoutait l’allemand des campagnes ; à 5 ans  il parlait donc plusieurs langues. Dans sa famille coté vietnamien et chinois, il avait un ancêtre qui était considéré comme linguiste, et depuis sa naissance l’enfant s’est intéressé à la linguistique: ‘Maintenant je parle de moins en moins de langues :  une langue s’oublie si on ne la pratique plus. Il me reste un peu de français!’, déclare Paul en riant.
Quant à ses études, Paul Henri a fait linguistique générale et linguistique appliquée. Mais au départ, depuis la 1 ére année de collège puis au lycée, les mathématiques étaient son choix. Ensuite, pendant deux ans il a voyagé en Europe :‘J’ai voyagé (on disait « faire la route ») dans toute l’Europe, du nord au sud, de l’est à l’ouest’. C’était après 1968, l’époque où les jeunes voulaient faire des expériences extrêmes. À 20 ans, quand il a voulu s’inscrire à l’université, il a vu en face de la fac des lettres le panneau ‘Centre de Linguistique Appliquée’. Comme dans sa famille il y avait des linguistes et que d’autre part il avait étudié la logique mathématique (nécessaire à l’époque pour comprendre la linguistique générale), il a décidé que son domaine d’études serait les sciences du langage.

Une longue carrière

‘Vous voulez sans doute dire que je suis le prof le plus vieux du CLA, et un dinosaure ?‘, plaisante-t-il quand j’ai lui demandé si cela faisait longtemps qu’il travaillait au CLA. ‘Je suis en effet le dernier des professeurs « historiques », c’est-à-dire de ceux qui ont participé à la création du CLA tel qu’il est’,  nous dit Paul.
Tous les collègues de sa génération sont déjà partis à la retraite. Cela fait bientôt 42 ans que Paul Henri Schmitt est au CLA, mais en réalité, il connait le CLA depuis 1971 puisque à l’époque, le CLA faisait partie de la faculté des lettres et qu’ils avaient une partie de leurs cours et de leurs stages au CLA : ‘Donc ça fait en réalité 46 ans que je connais le CLA’. Pendant cette période, Il a fait un peu tous les cours. En réalité, quand Paul Henri est entré en 1975, c’était pour faire de la recherche sur l’écriture-lecture pour les travailleurs étrangers, donc en alphabétisation. Au début, il s’est concentré sur l’écriture-culture et ensuite en 1978, il s’est spécialisé en français écrit universitaire (Français scientifique) et jusqu’à aujourd’hui il en a fait sa spécialité. Cela a pu se réaliser dans le programme en LCS (Langue Culture et Société ), en PVU (Passerelle vers l’Université), ou en mission à l’étranger ou encore pour former des professeurs de français en master.

En 40 ans, le CLA a beaucoup changé: ‘Il y a énormément de différences sur 40 ans’ disait Paul. D’abord, quand il a commencé, le CLA était à côté de la fac des lettres, dans des très vieux bâtiments ‘romantiques’ : Il y avait une belle cour avec une fontaine où on pouvait s’amuser, jouer au ping-pong entre étudiants et profs, manger, boire quand il y avait du soleil ; s’il pleuvait ou le soir, il y avait une grande cave en pierre comme au Moyen-Age où les gens pouvaient manger, danser, faire de la musique, jouer aux échecs ou au jeu de go, s’amuser, tomber amoureux…’.
En plus, les habitants de Besançon, puisque le CLA était situé en plein centre-ville, venaient pour rencontrer les étudiants étrangers ou trouver une âme-sœur…le CLA était le cœur de la vie de Besançon et en plus, il organisait les activités culturelles de Besançon tout l’été. ‘Maintenant nous avons déménagé à la City, nous sommes devenus plus sérieux, plus « professionnels »’.

 Conseils du prof

‘On dit souvent pour plaisanter qu’un étudiant progresse malgré ses professeurs’. Si un étudiant vient en cours, fait les devoirs proposés par les professeurs, il va naturellement progresser’, nous dit Paul. Mais cela dépendra aussi de l’origine. Il est normal qu’un étudiant de langue européenne progresse plus vite qu’un étudiant de langue arabe ou asiatique, mais tout le monde normalement va progresser. ‘Je pense qu’on progresse vraiment dans une langue quand on commence à rêver dans cette langue… ‘. Si nous voulons rêver en français, il nous a donné un conseil : avant de dormir, il faut regarder un film en français ou bien lire un livre en français ou discuter avec des français et à ce moment-là, quand nous nous endormirons, nous resterons sur la langue française et nous pourrons rêver en français. ‘Progresser en langue demande un effort permanent’.

Le CLA a été fondé en tant que centre expérimental de langues en lien étroit avec un environnement français : c’est-à-dire qu’au CLA il y a les cours, et en dehors du CLA il y a tout l’environnement. Si les étudiants étrangers ne profitent pas de l’environnement, en allant au cinéma, au café, en rencontrant des français, ils vont moins progresser.

Quand Paul Henri-Schmitt est entré au CLA, il avait le choix entre devenir professeur au CLA ou continuer travailler à la campagne. Comme il payait ses études en travaillant, la cueillette de fruits ou les vendanges, il a beaucoup réfléchi pour savoir s’il allait devenir professeur au CLA à Besançon ou s’il allait continuer à vivre dans le sud de la France – plus précisément dans les Cévennes, la région la plus sauvage de France où beaucoup de jeunes partaient vivre, loin de la civilisation moderne.
Il aura choisi le professorat et Besançon mais puisque sa carrière au CLA maintenant se finit c’est tout naturellement qu’ il va retourner dans le sud., ‘Y compris : retourner cueillir des champignons au milieu des forêts et me baigner dans les rivières de montagne !’, a conclu Paul.
On ne peut pas compter les nombreux étudiants qui ont profité de l’intelligence, la sagesse et l’expérience de Paul Henri Schmitt. C’est vrai,  bientôt il sera à la retraite mais une chose est claire: nous n’oublierons jamais l’influence positive qu’il a apporté au CLA depuis toutes ces années. Merci Paul!

 

Un commentaire pour La carrière de Paul Henri-Schmitt

  1. Merci Paul! Et Merci Lorick pour avoir recueilli ce témoignage et écrit ce bel article!
    Catherine Bernardot Nicolet

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