– 3 juin 2019 –

Mais qui paie pour tout ça?///// Jeong-in MUN

Par

L’économie des femmes.
Dans le film <Working Woman>, Orna, le personnage principal, est une femme compétente qui travaille dans une agence d’architectes. La veille d’un rendez-vous avec ses clients importants, son patron lui ordonne de préparer des vêtements «classes», et cela l’oblige à faire du shopping le soir avec sa mère. La mère demande à Orna: «Mais, il va rembourser pour ce qu’il t’a demandé d’acheter?» et comme on peut facilement le deviner, la réponse est «non» !

En France, c’est un phénomène courant: le patron qui oblige ses salariées à se maquiller et porter des tenues élégantes, comme la jupe et les talons, adaptés aux attentes stéréotypées de la société de la « féminité ». Parfois ces exigences sont même inscrites dans le contrat de travail, avec le code du maquillage et du vêtement précisés. Par exemple, en 2014, la SNCF a conseillé aux contrôleuses de « mettre une crème hydratante tous les jours, d’ajouter une touche de blush bonne mine, pêche pour les peaux mates, roses pour les peaux claires avec un pinceau plat, de l’extérieur vers l’intérieur».
Les femmes peuvent subir des reproches sur leur lieu de travail ou même être durement critiquées quand elles ne suivent pas ces «obligations» imposées uniquement à la gente féminine: «La plupart des filles n’osent rien dire par peur de ne pas être rappelées pour d’autres missions. Elles ont besoin de cet argent, elles ne peuvent pas se permettre d’être mal vues par l’agence», explique Emmanuelle Boussard-Verrecchia, avocate spécialiste des discriminations au travail. A l’instar d’Orna, les femmes n’ont pas le choix et obéissent aux exigences en dépensant leur propre argent pour garder leur emploi. Ainsi, ce problème est lié avec la surreprésentation des hommes sur les postes supérieurs, qui imposent aux femmes de s’adapter dans ce code de féminité dans un souci d’objectivation sexuelle : Si elles occupent des postes qui les mettent en face des clients, elles ont plus d’obligations pour le maquillage et leur tenue féminine car on les soumet à des « exigences de séduction ».

Qui paie pour ça?

Ainsi, selon le résultat d’une étude, les Française dépensent en moyenne 6,80 euros par jour en produits de beauté donc 2482 euros par an et consacrent presque un an et demi de leur vie à leur routine nettoyage et maquillage du matin. Et elles touchent 18,5 % de moins que les hommes.
Autrement dit, elles sont obligées d’acheter les maquillages et les vêtements selon la demande des patrons avec un salaire moindre de celui des hommes. Bien sûr, les salariés « hommes » n’ont pas de telles exigences et obligations de maquillage, de talon et de jupe ou le fameux tailleur Chanel  qui représentent un grand budget pour les femmes et les empêchent aussi de bouger librement ; ils ont plus de liberté de choix dans leurs orientations de consommation. Ils n’ont pas besoin non plus de se lever 1heure plus tôt pour se maquiller et se coiffer avec plusieurs étapes et des produits pour s’adapter aux critères de féminité; ils ont plus de liberté de gérer leur temps.

La Pink Tax ou le marketing genré

En outre, il existe un écart non négligeable entre les prix des produits ou des servicesedt22_taxe-rose similaires  des femmes et des hommes : c’est ce qu’on appelle la « woman tax » ou « pink tax » (la taxe rose) ; « pink » taxe car les produits féminins sont souvent représentés par leur couleur rose et c’est le marketing « «genré » qui crée cette différence. edt22_pink taxCe phénomène s’observe notamment dans les formules du service des coiffeurs: les prix pour les femmes sont souvent doublés. On dit que c’est parce que les femmes ont les cheveux plus longs que les hommes mais n’est-ce pas là un très vieux stéréotype qui distingue les femmes et les hommes par la longueur de leurs cheveux ? Même si une femme a les cheveux aussi courts que les hommes, elle ne paiera nulle part le prix d’une formule masculine. Au contraire, un homme avec des cheveux longs est privilégié car il ne lui fera pas payer le prix double de la formule féminine. Selon un article de LCI, pour acheter des produits identiques (un rasoir, un jouet, des chaussettes,etc) les femmes dépensent en moyenne 1.000 euros par an de plus que les hommes !


Être une femme coûte cher dans le monde entier.

Et ce problème a un lien direct avec l’indépendance et la libération des femmes car l’indépendance commence avec celle de l’économie. Quand les femmes ne l’ont pas, elles doivent dépendre des hommes et c’est ainsi qu’elles perdent l’autorité au sein de la famille par exemple. C’est de cette manière que le système patriarcal s’est imposé.
Ce n’est qu’en 1965 que les Françaises ont acquis le droit d’exercer une profession sans l’autorisation de leurs maris mais elles n’ont pas eu tout de suite la liberté totale de la gestion de leur argent propre. Encore de nos jours, elles sont toujours obligées de dépenser plus pour des produits de consommation qui ne sont pas indispensables.
L’économie étant majoritairement « le domaine des hommes », c’est aux femmes que revient l’obligation de combattre toutes les injustices dans ce domaine. Il est temps de changer !

Casser systématiquement les stéréotypes de rôle des femmes et des hommes, de la féminité et de la masculinité, tel est le combat! Les femmes et les hommes au travail doivent être traités également, avoir les mêmes exigences: des exigences de productivité, de compétence mais pas esthétiques ! Ne plus exiger d’elles d’être « belle » selon des critères sociaux de la féminité afin de satisfaire les hommes et les clients. Évidemment, il faut atteindre aussi l’égalité salariale et la société s’en portera que mieux.

L’absence d’égalité salariale représente un manque à gagner pour la France d’environ 62 milliards d’euros par an » assure Erwann Tison, coordinateur des études à la Fondation Concorde.

Aussi, ce qui est le plus important c’est la conscience des femmes, leur faire prendre conscience de leurs propres pratiques de consommation et dépenses. Il faut savoir pourquoi et où l’argent part parce qu’il n’y a personne d’autre qui paie pour tout ça. Les femmes ont le droit de gérer leur consommation de leur propre choix sans aucune pression ou obligation. Il faut savoir boycotter les entreprises qui mettent en place la taxe rose et se poser la question « est-ce que c’est vraiment une consommation de mon choix ? » Exiger le même traitement économique que les hommes dans le monde entier, cela serait un pas important du progrès de l’indépendance et de la libération des femmes.

Références pour cet article : Le Monde, Le Figaro, LCI, Wikipédia.

Aucun commentaire pour le moment.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *