– 5 juin 2019 –

« Elle » /////Chronique de Ziyi ZHUANG

Par

Peut-on être à la fois une princesse et un super-héros ? Oui, ça s’appelle une…Maman !

Ma mère est une femme qui n’a pas de « caractéristiques féminines ». Quand j’étais petite, elle avait les cheveux courts, ne se maquillait jamais , n’allait jamais chez un coiffeur plus de trente minutes, ni un esthéticien. Je n’ai pas remarqué cette différence jusqu’au jour je l’ai entendue dire au fil d’une discussion : « Au lieu de laisser mon enfant de côté pendant des heures à m’attendre, je préfère l’emmener au parc ou aller faire du sport avec elle. » C’est à ce moment-là que j’ai senti, pour la première fois, qu’elle faisait des sacrifices, pour moi.

« Elle » est une femme forte. Depuis mon collège, elle a ouvert son jardin d’enfant et s’est jetée dans son travail. Au début, j’étais confuse et voire fâchée. Je me suis plainte très souvent qu’elle ne me consacre pas assez de temps. J’imagine que c’était une dure période pour elle, travailler sans cesse pour nourrir sa famille sans recevoir notre compréhension, sans parler des sacrifices qu’elle faisait pour nous. Mais elle a subi tout cela, elle l’a confronté. La persistance est une des meilleures qualités chez elle, non seulement pour sa carrière mais aussi mon éducation. Elle insistait que j’aille à l’école chaque jour, bien à l’heure, malgré les flemmes qui se déguisaient en maladie ou les vrais rhumes. Elle insistait pour que j’apprenne le piano, la danse, et me forçait aller au cours même s’il pleuvait terriblement, même si je priais ou pleurais, terriblement. Elle insistait aussi pour qu’on déménage cinq fois juste pour habiter près de mon école secondaire. Cinq fois pendant six ans pour que je puisse dormir un peu plus même si cela lui prenait trois heures en voiture chaque jour aller et retourner au travail ; elle a conduit plus qu’un chauffeur de taxi pendant ces six années ! Mais elle a persévéré, elle n’a jamais cédé à rien.

« Elle » est une femme indépendante. Mon père était absent pendant quelques années, et c’était elle, toute seule, qui s’occupait de moi. Toutefois, je n’ai pas senti un manque absolu de père (il est toujours là bien sûr, mais de loin). Elle a joué les deux rôles en même temps, et les a bien joués. Grâce à elle, j’ai pu avoir une enfance complète et heureuse.

Maintenant que je suis partie, elle a commencé à vivre sa propre vie et je suis contente de le voir et de le dire. Elle travaille toujours fort, elle ajoute du sport, du yoga, elle va chez les grands-parents chaque week-end et les accompagne au musée, à la montagne. J’espère qu’elle est contente aussi.

Quand on a discuté le problème du genre, les inégalités, les stéréotypes pendant le cours, j’étais confuse au début par mon indifférence à ce sujet, et maintenant, je comprends pourquoi. Je n’ai jamais senti dans ma vie le moindre amollissement des femmes autour de moi, ni de discrimination. C’est une chance d’avoir une famille comme ça, une mère comme ça, qui m’a donné à la fois la tendresse et la force de vivre. Je sais que quelque part de loin, il existe toujours des inégalités entre les deux sexes, mais je pense que je serai prête à affronter ces inégalités au moment où je ne serai plus à l’abri de ma famille, de ma mère.

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