– 10 juin 2019 –

L’émancipation des femmes en Chine: Encore un long chemin à parcourir!/////Ruye DENG

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L’émancipation du genre est maintenant un sujet brûlant dans de nombreux pays et la Chine ne fait pas exception : là où de plus en plus de femmes ont reçu une formation supérieure, elles s’éveillent successivement à l’importance de l’égalité de genre et des voix contre le machisme sont présentes dans les réseaux sociaux.

Depuis la fondation de la République populaire de Chine en 1949, les femmes occupent une place estimable dans la société. Différemment à certains pays occidentaux, les femmes chinoises ont toujours le droit de vote. Quoiqu’on n’ait pas encore mis en place la parité dans les entreprises, les femmes font de moins en moins l’objet de discrimination dans le monde professionnel, et peuvent être payées autant que les hommes qui occupent le même poste. En plus, plutôt que de subir des préjugés, les femmes qui travaillent dans les domaines jugés réservés aux hommes, comme celui de la science et de la politique, reçoivent davantage de respect que les hommes. Cependant, est-ce qu’on pourrait pour autant constater que l’émancipation du genre s’est déjà réalisée en Chine ? Pour répondre à cette question, nous devrons tout d’abord nous interroger sur les valeurs traditionnelles par rapport au genre qui ont été ancrées profondément dans l’esprit chinois et analyser les attentes sociales des femmes chinoises, à travers l’article qui s’intitule Combien de « reste de femme » méritent notre sympathie ?, sorti en 2011 par la Fédération nationale des femmes de Chine.

Certes, dans les années 50, le régime maoïste a largement réduit les inégalités liées au genre, en soulevant que les femmes « soutiennent la moitié du ciel ». Mais il est nécessaire de souligner que les valeurs clefs chinoises se sont construites sur le confucianisme, dont les règles décrivent les femmes comme des êtres difficiles à traiter et leur demandent une soumission et une obéissance absolue à leurs maris. Au cours de milliers d’années, ces règles ont été profondément ancrées dans l’esprit chinois et présentées sous différentes formes. Pendant la dernière décennie, l’idée la plus partagée est que la valeur des hommes repose sur leur carrière alors que celle des femmes est mesurée à leur âge et à leur mariage. En d’autres termes, le bonheur des hommes peut se construire sur eux-mêmes tandis que celui des femmes doit se fonder sur leur mari et leurs enfants, faute de quoi les femmes ne seront rien. Par conséquent, c’est dans cette valeur que les attentes sociales à l’égard des femmes deviennent de plus en plus exigeantes.

En 2007, la Fédération nationale des femmes de Chine a fait circuler sur Internet un nouveau concept qui définit une célibataire de plus de 27 ans comme un « reste de femme ». Depuis, l’âge est devenu le sujet le plus parlé chez les femmes célibataires. Ce qui est paradoxal, c’est qu’en tant que seule organisation officielle censée représenter la voix des femmes, la Fédération nationale des femmes de Chine a pour mission de défendre les droits des femmes et de promouvoir l’égalité entre deux sexes. Néanmoins, au lieu de protéger les femmes, elle a simplifié et a rabaissé leur importance dans la société. Le mal causé aux femmes par la Fédération nationale des femmes de Chine est bien plus que cela. Après l’idée du « reste de femme », elle a publié successivement plusieurs articles, niant complètement la valeur des femmes célibataires du point de vue de l’éducation, de la carrière et de la morale.

https://www.letemps.ch/culture/apres-27-ans-une-femme-na-plus-aucune-chance-trouver-un-mari-asie

Dans un article daté de 2011 qui s’intitule Combien de « reste de femme » méritent notre sympathie, la Fédération exprime qu’il ne faut pas laisser les femmes recevoir une éducation supérieure, surtout celle du Master et du Doctorat. D’après elle, si les femmes se concentrent trop sur leurs études, elles rateront le meilleur moment pour chercher un « copain « . Et le meilleur moment, c’est la jeunesse. Et puis, la Fédération pointe du doigt que les hommes préfèrent se marier avec une femme moins scolarisée, moins habile, et moins intelligente, et que pour répondre aux exigences des hommes, les femmes doivent s’arrêter de poursuivre les études après la Licence.

Pour “ sensibiliser ” davantage les femmes à l’importance de la jeunesse, cette organisation pose une diction très populaire aujourd’hui :  » La beauté est la richesse « . Elle déclare ensuite :  » c’est facile pour les belles filles de se marier avec un riche même si elles n’ont pas un très bon diplôme universitaire, tandis que c’en est difficile pour les moins jolies. Ainsi, pour y arriver, ces dernières ne peuvent se rendre plus attirantes qu’en améliorant leurs niveaux d’études. Mais malheureusement, elles ne savent pas que les femmes ont déjà moins de valeur après leurs années d’études : quand elles obtiennent leurs diplômes de Master et de doctorat, elles sont déjà âgées … »

Parallèlement, des attaques encore plus fortes envers les célibataires du côté moral se voient dans le même article. La Fédération juge déréglées les femmes célibataires qui ont reçu une formation supérieure, en pensant qu’elles fréquentent les lieux de divertissement pour trouver un coup d’un soir et qu’elles ne savent que faire des avances aux riches pour mener une vie de luxe. Heureusement, la plupart des femmes n’acceptent pas ce genre de jugements, puisqu’ils ne sont ni la réalité, ni les suppositions raisonnables.

Une telle question peut se poser : qui va être influencé par ces pensées si on les trouve ridicules ? Bien sûr que les femmes bien éduquées les refuseront. Mais les autres ? Sachons que toutes les femmes ne sont pas bien éduquées en Chine et que ces idées vont se graver dans la société si on les fait circuler partout. D’un côté, les femmes moins scolarisées croiraient que leur bonheur dépendrait de leur mariage, de l’autre, ceux qui sont profondément influencés par ces idées autour des femmes, surtout les générations plus âgées comme celle de nos parents, leur rappelleraient l’inutilité de l’éducation universitaire et l’importance du mariage. À présent, un phénomène très absurde et ironique est né à la suite de ces valeurs : on divise les gens en trois genres : hommes, femmes et doctorantes. Et ces dernières subissent des préjugés sociaux et des pressions énormes, considérées comme celles qui n’ont presque pas le droit au bonheur.

À part ce genre d’articles, on voit aussi en ligne de plus en plus de vidéos dans lesquelles les doctorantes expliquent la difficulté de trouver un copain avec cette identité mal vue, et les femmes de plus de 25 ans expriment leur angoisse de ne pas encore être mariées. D’ailleurs, on y trouve aussi des critiques sur des femmes célibataires, venant de personnes de tout âge. Il est vraiment impressionnant d’entendre dans ces vidéos un écolier de 8 ans dire que nul ne peut sauver sa cousine, une fille célibataire de 26 ans qui projette de poursuivre ses études aux États-Unis.
Parfois, les sources de ces vidéos sont très mystérieuses et personne ne sait d’où elles viennent. Donc, certains pensent qu’il s’agit d’un complot de gouvernement, car la Chine est l’un des pays au taux de natalité le plus bas au monde et le gouvernement se sert de tels moyens pour encourager les femmes à procréer. Que cette hypothèse soit vraie ou non, nous devons admettre que, depuis les temps anciens à nos jours, la société a toujours davantage d’attentes pour les femmes que pour les hommes et que dans la plupart des cas, les femmes sont victimes de nombreux problèmes sociaux. Après tout, pour réaliser l’émancipation du genre, la Chine a encore beaucoup d’efforts à déployer, et les femmes chinoises ont besoin de beaucoup de courage et soutien pour faire entendre leurs droits !

A Voir Arte Reportage: Chine quand les femmes s’éveilleront

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